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Blog — Tendons

Tendinopathie : pourquoi le repos complet ne suffit pas

Par Selim Ozcelik, kinésithérapeute Publié le · mis à jour le ~7 min de lecture
Illustration : muscle, fibres du tendon et mise en charge progressive

Une douleur au tendon d'Achille qui te pique au réveil et s'échauffe à la course. Un coude qui proteste à chaque poignée de main ou session d'escalade. Une épaule qui se plaint dès que tu lèves le bras. Le point commun : un tendon qui n'apprécie plus la charge qu'on lui impose. Et le réflexe le plus répandu — tout arrêter et attendre que ça passe — est précisément celui qui marche le moins bien.

C'est quoi, une tendinopathie ?

Un tendon, c'est la corde de tissu qui relie un muscle à un os et qui transmet la force. Les tendons adorent la charge : c'est elle qui les rend solides. Mais ils détestent les changements brutaux de charge.

Quand la charge imposée dépasse trop longtemps ce que le tendon peut encaisser, sa structure se modifie et il devient douloureux : c'est la tendinopathie. Tu remarqueras qu'on ne dit plus tellement « tendinite » : le suffixe « -ite » suggère une inflammation pure, alors que le phénomène dominant est une perturbation de la structure du tendon liée à la gestion de la charge. Ce détail de vocabulaire change toute la logique du traitement.

Le scénario classique

  • Tu reprends la course après une pause, et tu montes trop vite le volume ;
  • Tu changes quelque chose : nouvelles chaussures, nouveau terrain, nouveau poste de travail, nouveau programme de musculation ;
  • Ou la charge « de vie » globale augmente : moins de sommeil, plus de stress, plus d'heures debout — et le même entraînement passe soudain moins bien.

Les zones les plus concernées : le tendon d'Achille, le tendon rotulien (sous la rotule), les tendons de l'épaule (coiffe des rotateurs), le coude (« tennis elbow »), la hanche et le poignet.

Les mythes qui te font perdre des mois

  • « Repos complet jusqu'à ce que ça passe. » Le repos total soulage souvent… tant que tu ne fais rien. Mais un tendon déchargé longtemps devient moins tolérant : à la reprise, la douleur revient, parfois plus vite qu'avant. C'est le cercle vicieux classique des tendinopathies qui durent des années.
  • « Il faut étirer fort pour assouplir. » Sur beaucoup de tendinopathies — notamment au tendon d'Achille ou à la hanche — les étirements agressifs ajoutent une compression qui peut entretenir l'irritation. L'outil principal, c'est le renforcement, pas l'étirement forcé.
  • « Une infiltration ou des anti-inflammatoires vont régler le problème. » Ces options relèvent de ton médecin et peuvent avoir leur place pour moduler la douleur — mais aucune ne reconstruit la tolérance du tendon à la charge. Sans rééducation, le problème de fond reste entier.
  • « J'ai vu "dégénérescence" sur mon échographie, c'est fichu. » Non. Les images impressionnent, mais la corrélation entre l'aspect du tendon à l'imagerie et la douleur est faible. Des tendons « moches » à l'écho sont indolores chez beaucoup de gens, et l'inverse existe aussi. On traite une personne et sa charge, pas une image.

Le principe qui marche : la mise en charge progressive

La logique tient en une phrase : trouver le niveau de charge que ton tendon tolère aujourd'hui, puis l'augmenter progressivement pour reconstruire sa capacité — comme on reconstruit une condition physique.

1. Calmer sans éteindre

On réduit temporairement ce qui irrite le plus (les sprints, les sauts, les pentes, la position prolongée qui comprime), mais on garde tout ce qui est tolérable. L'objectif est de ramener la douleur à un niveau gérable, pas de viser le zéro absolu immédiat.

2. Renforcer, en commençant simple

Des contractions lentes et chargées — par exemple des montées-descentes de mollet pour l'Achille, d'abord sur deux jambes, puis sur une, puis avec du poids. Le tendon répond au stimulus mécanique : c'est littéralement l'exercice qui le refait tolérer la charge.

3. Réintroduire l'énergie

Quand la force revient sans réaction excessive, on réintroduit progressivement les charges « élastiques » : marche rapide, course facile, puis accélérations, sauts, changements de rythme — chaque étape validée avant la suivante.

4. La règle des 24 heures

Une douleur modérée pendant l'exercice peut être acceptable si elle revient à son niveau habituel dans les 24 heures. Si elle est plus forte le lendemain matin, la charge était trop élevée : on ajuste, on ne panique pas. Ce feu vert/feu rouge simple te permet de progresser sans naviguer à l'aveugle.

Sois patient — et régulier

Un tendon se réadapte sur des semaines à des mois, pas en trois jours. C'est frustrant, mais c'est sa biologie : les progrès viennent de la régularité du renforcement, pas de la dernière nouveauté miracle. La bonne nouvelle : bien menée, cette approche fonctionne pour la plupart des tendinopathies.

« Est-ce que je peux continuer le sport ? »

Dans la plupart des cas : oui, en adaptant. C'est même souvent souhaitable. L'idée n'est pas de choisir entre « tout » et « rien », mais de moduler les paramètres qui chargent ton tendon : la fréquence des séances, le volume, l'intensité, le type d'effort. Un coureur avec une tendinopathie d'Achille peut souvent conserver de la course facile sur terrain plat en réduisant les séances rapides et les côtes ; un grimpeur avec un coude sensible peut garder du volume sur des voies faciles en levant le pied sur les mouvements durs.

Garder une activité adaptée a un triple intérêt : le tendon continue de recevoir un stimulus qui entretient sa tolérance, tu conserves ta condition physique générale, et tu gardes le moral — ce qui compte réellement dans une rééducation qui dure plusieurs semaines. Le bon repère reste la règle des 24 heures décrite plus haut.

Quand demander un avis ?

  • Douleur apparue brutalement pendant un effort avec sensation de claquement, perte de force nette ou impossibilité de faire le mouvement → avis médical rapide (il faut écarter une rupture).
  • Douleur qui ne s'améliore pas malgré plusieurs semaines de gestion raisonnable de la charge ;
  • Douleur nocturne persistante, gonflement marqué, rougeur, fièvre, ou douleur sans aucun lien avec l'activité → parles-en à ton médecin.

Comment je travaille au cabinet

D'abord un bilan : localiser précisément le tendon en cause, comprendre l'historique de charge (qu'est-ce qui a changé ?), mesurer ta force et tes capacités actuelles. Ensuite, un programme de mise en charge progressive taillé pour toi — ton sport, ton travail, ton emploi du temps — avec des repères clairs pour savoir quand passer à l'étape suivante. Et à chaque séance, on ajuste selon la réponse de ton tendon. Mon rôle est autant de te coacher dans la durée que de te traiter sur la table.

En résumé

  • Une tendinopathie est avant tout un problème de gestion de charge : le tendon a reçu plus qu'il ne pouvait encaisser.
  • Le repos complet prolongé entretient le problème ; les étirements forcés et les « solutions miracles » ne reconstruisent rien.
  • Le traitement de fond, c'est la mise en charge progressive : calmer, renforcer, réintroduire l'énergie, en s'aidant de la règle des 24 heures.
  • Compte en semaines/mois, pas en jours — et fais-toi accompagner pour doser correctement.

Sources

  1. Malliaras P, et al. « Achilles and patellar tendinopathy loading programmes: a systematic review comparing clinical outcomes and identifying potential mechanisms for effectiveness ». Sports Medicine, 2013;43(4):267-286 — efficacité des programmes de mise en charge. PubMed
  2. de Vos RJ, et al. « Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy ». British Journal of Sports Medicine, 2021;55(20):1125-1134 — l'exercice progressif comme traitement de première intention. PubMed
  3. Cook JL, Purdam CR. « Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy ». British Journal of Sports Medicine, 2009;43(6):409-416 — la tendinopathie comme trouble de l'adaptation à la charge (et faible corrélation image/douleur). PubMed

Cet article est informatif et général : il ne remplace ni une consultation, ni un diagnostic médical. Chaque situation est unique — en cas de doute sur tes symptômes, parles-en à ton médecin ou à un professionnel de santé.

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Selim Ozcelik
Selim Ozcelik Kinésithérapeute conventionné INAMI — cabinet à Roux (Charleroi)